Communication avec Nathalie Derome

remèdes homéopathique

Communication avec Madame Derome, suite à sa publication : L'homéopathie fonctionne-t-elle réellement?, publié sur Agence Science-Presse, le 3 mars et Sympatico,
le 18 mars 2016

Paul Labrèche, H.D.
Président du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec
(CSN – Fédération des professionnèles)

 Envoyé le

Madame Derome,

Dans l’Édition du 3 mars du site de l’Agence Science-Presse, vous avez publié un article intitulé : Faux, l’homéopathie fonctionne puisque Santé Canada l’approuve, repris sous le titre : L’homéopathie fonctionne-t-elle réellement, publié sur le portail de Sympatico, le 18 mars 2016.

Nous nous adressons à vous aujourd’hui afin de partager quelques informations importantes en rapport avec certains éléments soulevés dans votre article pour que vous ayez une information diversifiée lors d’autres publications éventuelles.

Produits en vente libre destinés aux enfants

D’abord, si nous plongeons directement dans le sujet principal de votre article, soit le changement d’étiquetage pour les produits homéopathiques contre le rhume, la toux et la grippe, une information capitale a été communiquée dans le reportage de Global News, diffusé dimanche, 27 mars, 2016.  Cette information concourt à une vision plus juste et large de toute cette question des produits en vente libre destinés aux enfants.  La Société canadienne de pédiatrie a en effet affirmé que les produits conventionnels contre le rhume, la toux et la grippe, destinés aux enfants, n’ont jamais fait l’objet, eux non plus, de recherches scientifiques. La Société canadienne de pédiatrie va jusqu’à parler d’hypocrisie dans la décision de Santé-Canada.  En effet, elle demande aux fabricants de remèdes homéopathiques des preuves que l’industrie pharmaceutique n’a jamais elle même offertes.  Qui plus est, ces produits ne sont pas dépourvus de risque, ce qui n’est pas le cas pour les préparations homéopathiques comme vous le savez sûrement.

 

Le rapport australien – méthodologie

En introduction de votre article, vous vous appuyez sur un rapport déposé par le National Health and Medical Research Council (NHMRC), en Australie, en 2015 ce que nous ne pourrions vous reprocher, certes. En effet, depuis la publication de ce rapport, nous avons remarqué qu’un bon nombre de journalistes qui en ont diffusé les grandes lignes n’ont pas été mis au fait des sérieux problèmes de méthodologie, problèmes qui ont pourtant été communiqués au NHMRC, lors des consultations publiques précédant la publication.

Ces quatre principales lacunes, dont nous vous faisons part, sont les suivantes :

  1. Seules les études en langues anglaises ont été analysées.
  1. Trois études importantes ont été écartées sans aucune justification : le traitement de la diarrhée chez les enfants (Jacobs et al, 2003), le traitement du rhume des foins (Wiesenauer & Lüdtke, 1996) et le traitement des vertiges (Schneider et al, 2005).
  1. Toute étude réalisée sur moins de 150 personnes a été jugée comme non-valide, même pour celles statistiquement très significatives.
  1. La dernière faille est majeure. Pour chacune des maladies traitées, l’équipe du NHMRC a évalué tous les traitements existant et complètement différents les uns des autres comme si c’était un seul et même «traitement», d’une part, et d’autre part, dans cette démarche déjà litigieuse, chaque étude aux résultats positifs a été invalidée par une étude aux résultats négatifs. Ce biais est sans précédent et ne s’appuie sur aucun fondement. Tous conviennent qu’un rapport bien élaboré doit évaluer chaque traitement séparément pour déterminer lesquels sont efficaces et lesquels ne le sont pas pour traiter une pathologie donnée. Ici, c’est un peu comme si on avait pris l’ensemble des études des vingt dernières années sur tous les traitements proposés pour la diminution du cholestérol sanguin et que l’on concluait en bout de ligne que la médecine conventionnelle ne peut pas traiter le cholestérol parce que les traitements X, Y et Z, etc. n’ont pas été efficaces alors que les traitements A, B et C, etc. l’ont été. Cette faille majeure qui a été clairement démontrée, discrédite complètement les conclusions d’un rapport dont les biais sautent aux yeux. [1] Le Homeopathy Research Institute (HRI), fondé par le Dr. Alexandre Tournier, physicien et chercheur indépendant au Cancer Research Institute du Royaume Uni pendant dix ans, était une des organisations présentes lors des consultations publiques. Le NHMR n’a tenu compte d’aucun des avis émis par les divers intervenants participants.

 

Autres rapports et études – un survol

D’autres rapports existent et nous prenons le soin, ici, de vous les présenter très brièvement.

Le gouvernement suisse a mandaté un groupe d’expert-es indépendant-es en 2011. Toutes les publications internationales sur les preuves de l’efficacité de l’homéopathie ont été évaluées.  Ce rapport en est arrivé à la conclusion que l’homéopathie est efficace si elle est pratiquée adéquatement par des homéopathes. (Bornhöft et Matthiessen, 2011)[2].  D’ailleurs, le 29 mars dernier, le gouvernement suisse annonçait son intention de reconnaître l’homéopathie ainsi que quatre autres MNC (médecines non-conventionnelles) au même titre que la MC (médecine conventionnelle).

Il vaut la peine, également, de citer la méta-analyse du Dr. Robert G. Hahn[3] (2014), directeur de l’hôpital de Södertälje, en Suède, qui a fait paraître le commentaire suivant au terme de son rapport : «C’est seulement en mettant de côté 95 à 98% des études faites en homéopathie que l’on parvient à «prouver» qu’elle est inefficace (…) J’affirme ne croire en rien à priori. Je ne travaille pas avec l’homéopathie et n’y vois aucun intérêt particulier. Ce qui m’intéresse, en fait, c’est de vous dire qu’il y a des scientifiques biaisés et tendancieux, qui ne sont pas objectifs et qui font usage de leur titre de professeur pour légitimer leurs croyances personnelles. »[4]

Pour terminer ce court survol, nous nous permettons de vous partager les grandes lignes d’une étude imposante qui saurait retenir l’attention de journalistes scientifiques comme vous, pouvant être intéressé-es à transmettre aux lecteurs et lectrices une information diversifiée. Réalisée en France entre 2006 et 2010, cette étude, intitulée EPI3, a permis de comparer la pratique homéopathique et allopathique de 825 médecins auprès de 8559 patients. [5] Quatre critères étaient évalués :  l’évolution de la douleur, la consommation de médicaments, les effets secondaires et la perte de chance, c’est à dire, le risque qu’en étant pris en charge par une approche plutôt que l’autre, l’on voit la condition du patient s’aggraver ou évoluer vers la chronicité.  Sur les trois cohortes étudiées (douleur musculo-squelettique, troubles anxieux et dépressifs, infections des voies respiratoires), les résultats sont probants. D’abord, les bénéfices pour les patient-es suivi-es en homéopathie sont tout à fait comparables aux bénéfices d’un-e patient-e suivi-e en allopathie, ce que nous n’aurions pas pu obtenir par le seul effet placebo.  Par contre, là où la différence est particulièrement notable, c’est dans la diminution du besoin en médicaments conventionnels : 48 % moins d’AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) pour les malades atteints de problèmes musculo-squelettiques, 60% de moins pour ceux et celles au prise avec des douleurs chroniques, et enfin, réduction de moitié de la prise d’antibiotiques pour les infections des voies respiratoires. Pour ce qui est de la perte de chance, il n’y a strictement aucune différence. Donc, un-e patient-e n’évolue pas davantage vers la chronicité si il ou elle est pris en charge par l’homéopathie, venant ainsi déboulonner le fameux mythe du risque encouru si on substitue un traitement allopathique «ayant fait ses preuves» par un traitement homéopathique qui en principe, retarde un «vrai» traitement et met un-e patient-e à risque, selon ce qui est largement véhiculé.

 

S’attendre à guérir? Des patients bien sceptiques en bout de ligne…

Nous souhaitons également revenir sur cette idée fréquemment rapportée qui est qu’une personne guérit parce qu’elle s’attend à guérir lorsqu’elle utilise l’homéopathie. Vous en faites mention en tout début d’article, d’ailleurs. Or, ce point de vue qui fait consensus n’est pas attribuable qu’à la médecine homéopathique. Des études comparatives ont démontré que la même chose est tout aussi vraie pour une consultation en médecine conventionnelle.

«Un des points de vue courant parmi les détracteurs de la médecine homéopathique (ou autres MNC) est que les résultats obtenus sont médiatisés à travers un effet placebo, c’est-à-dire que les gens vont mieux parce qu’ils s’attendent à cela et qu’ils sont prédisposés idéologiquement (Cassileth et al., 1980; Sharma, 1995). Si cela a parfois été soulevé, les recherches comparatives sur le sujet notent que la même chose est vraie pour la consultation en médecine conventionnelle (MC) (Launso, 2007). Aussi, une étude faite dans le système de santé britannique a démontré l’efficacité de l’application de l’homéopathie dans un contexte de pratique médicale générale à l’intérieur de consultations de 10 minutes (Robinson, 2006) remettant ainsi en question les recherches selon lesquelles le temps de consultation influence la satisfaction et les résultats. » [6]

Encore plus étonnant, des études ont même fait valoir que la personne qui consulte en homéopathie a encore moins d’attente et est plus sceptique que la moyenne. Ceci vient également déconstruire l’idée opposée sans cesse répétée.

«Furnham (1999, 2000a, 2002a) a effectué plusieurs études à la fois qualitatives et quantitatives afin de mieux cerner les attitudes envers l’homéopathie et les croyances générales envers les MNC (Furnham, 2000a). Ces résultats, ainsi que ceux de deux autres études (Furnham et Smith, 1988; Furnham et Bhagrath, 1993) ont trouvé que les gens qui consultent en homéopathie sont plus sceptiques à propos de ce traitement et croient moins dans l’efficacité du praticien et la guérison rapide, sans doute à cause de la chronicité de leur maladie et des nombreuses déceptions qu’ils ont vécues en MC.»[7]

 

Précurseur dans l’histoire de la pharmacologie et de la médecine

Il y a un dernier point de votre article sur lequel nous aimerions revenir. Il sera plus simple d’en ressortir un extrait d’abord : « Les fabricants de produits homéopathiques, eux, n’ont pas à fournir d’études scientifiques prouvant l’efficacité de leurs produits avant de les commercialiser. Il leur suffit de démontrer que les allégations relatives à la santé (l’action prétendue du produit) figurent dans les livres de référence utilisés en homéopathie. Ces manuels sont écrits… par des experts en homéopathie ! Autrement dit, si les homéopathes prétendent qu’un produit est efficace, cela constitue une preuve suffisante !»[8]

Tout d’abord, quelques précisions méritent d’être apportées sur nos livres de références desquels sont tirées les allégations dites «traditionnelles».  Elles proviennent, en fait, de deux types d’ouvrage, les matières médicales (MMP) et les répertoires homéopathiques. Les MMP sont des recueils de toutes les expérimentations relevées par des individus sains ayant expérimenté une substance. D’autres sources nourrissent aussi la MMP, par exemple la toxicologie de la substance. Un seul remède homéopathique peut donc faire des centaines de pages de descriptions de symptômes qui sont consignées dans ces ouvrages. Les répertoires homéopathiques, quant à eux, fonctionnent à l’instar d’une banque de données contenant l’ensemble des symptômes hiérarchisés et pouvant ainsi servir de guide dans le choix d’un remède en pratique quotidienne. Par contre, ce n’est que la clinique homéopathique qui permet d’évaluer, au fil du temps, l’efficacité relative d’un remède pour un symptôme ou un état à traiter.

Sans vouloir présumer de mauvaises intentions, l’allusion à une certaine «prétention» chez les homéopathes, désavoue, peut-être bien sans le vouloir, une rigueur méthodologique qui en impose, à bien y regarder. En effet, cette démarche scientifique de connaissances des effets médicinaux ou thérapeutiques des substances a un recul de plus de 200 ans pour les plus anciennes d’entre elles. Quel médicament conventionnel peut prétendre jouir d’autant d’années de mises à l’épreuve? On a tendance à l’oublier mais les homéopathes ont été les premiers à appliquer une méthodologie des plus rigoureuse dans l’histoire de la pharmacologie et de la médecine.

Peut-on en dire autant de l’industrie pharmaceutique à ce moment-ci de son histoire?  Elle est de plus en plus pointée du doigt pour son manque de rigueur, de transparence et d’honnêteté cédant à des intérêts qui ne servent ni la science, ni la santé des populations.  «Economic theory predicts that (pharmaceutical) firms will try to bias the evidence base wherever its benefits exceed its costs. The examples given here confirm what theory predicts. What will be needed to curb and ultimately stop the bias that we have seen is a paradigm change in the way that we treat the relationship between pharmaceutical companies and the conduct and reporting of clinical trials.»[9]

 

En conclusion

Inspirée par les travaux, recherches et écrits d’un médecin, Samuel Hahnemann[10] ­ dont la pensée et la perspicacité sont toujours actuelles – une large communauté de médecins et de non-médecins homéopathes disséminés au quatre coins de la planète soulagent, guérissent des malades et même, sauvent des vies grâce à l’homéopathie. On ne peut pas ne pas mentionner qu’elle a traité, en prévention, 2,3 millions de personnes à Cuba, en 2007, en l’absence d’un vaccin disponible pour contrer une épidémie de leptospirose. En quelques semaines, le nombre de cas est passé de 37 à 4 pour 100 000 habitants. Dans la population non traitée, le taux d’infection a rejoint les prévisions historiques.[11]

En France, où la pratique homéopathique est la plus largement admise et intégrée au système officiel, l’étude EPI3 a même révélé que dans le groupe de médecins français qui se définit comme allopathe, 1 fois sur 5, il y a prescription d’homéopathie.[12] C’est donc dire que dans les pays où la pratique homéopathique s’est largement développée puis intégrée, même ceux et celles qui ne l’ont pas adoptée s’en servent. Pourquoi?  Parce que les résultats sont fiables et que les effets secondaires sont nuls, ce qui fait que certaines applications cliniques qui ont traversé l’épreuve du temps, sont récupérées même par les allopathes «purs et durs».

Selon les plus récentes statistiques de l’OMS, l’homéopathie est maintenant la deuxième médecine non conventionnelle la plus utilisée à travers le monde et les études sur son efficacité ne cessent de s’accumuler. Elle est enseignée dans les universités de l’Australie, la France, la Norvège, le Brésil, l’Argentine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Mexique et le Portugal.  Et plus près de chez nous, en Ontario, elle jouit d’un statut officiel, étant maintenant une profession règlementée par un Ordre depuis le 1er avril 2015.

Vous remerciant à l’avance du temps que vous aurez mis à prendre connaissance de cette lettre, je vous transmets mes sincères salutations et vœux de bien bon printemps!

[1] https://www.hri-research.org/2015/03/nhmrc-publishes-flawed-report-despite-concerns-raised-during-public-consultation/

[2] Borhöft, G. et P. Matthiessen (eds) (2011). Homeopathy in healthcare – effectiveness, appropriateness, safety, costs, Berlin, Springer-Verlag, 234 p.

[3] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24200828

[4] http://www.homeopathyheals.me.uk/site/front-page/111-frontpage/4461-prof-robert-hahn-my-scientific-article-on-homeopathy

[5] https://www.comb.cat/cat/colegi/seccions/homeopates/pdf/01Conventional_medicines_versus_homeopathy_the_epi3_strudy_begaud.pdf

[6] Taillefer, A. (2009). Impact médical et social de la consultation en médecine homéopathique chez les mères: une question de paradigme, Mémoire de maîtrise en sociologie, Montréal, Université du Québec à Montréal, 331 p.

[7] op. cit., p. 85

[8] http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2016/03/03/faux-lhomeopathie-fonctionne-puisque-sante-canada-lapprouve

[9] Lexchin, J. (2012). «Those Who Have the Gold Make the Evidence: How the Pharmaceutical Industry Biases the Outcomes of Clinical Trials of Medications,», Sci Eng Ethics. 2012 Jun;18(2):247-61.

[10] Fournier, Denis. Bibliographie de Samuel Hahnemann. Une contribution au corpus hahnemannien de langue française, Montréal, 2013, 529p.

[11] Bracho, G. et al. (2010). Large-scale application of highly-diluted bacteria for Leptospirosis epidemic control», Homeopathy, 99 : 155-166

[12] http://www.smb-fr.com/publications/cahiers/246/cahiersdebiotherapie-246-epi3.pdf

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